Nécéssaire, mais pas sufisant, [même, parfois, carrément répugnant…]

En tombant sur cette image, je me suis souvenu que j’avais écrit pour le journal local (Cazères), l’Allumette, un article qui avait à voir avec cette merde.

Et puis j’ai cherché l’origine: c’est la Fondation Abbé Pierre, dans une campagne « Il y a une vie après la rue » J’en ai même trouvé une autre, qui est, aussi,  pas mal dans le genre… Je remets les deux dans leur intégralité:

C’est là que je constate que mon article est bien gentil.. On n’est jamais assez violent sur ces questions.. non?

Donc, l’article:

Tu peux dire que des restos du cœur, des épiceries solidaires, des Emmaüs etc, il en faut, ils sont nécessaires… Qui te dira le contraire ? Tout le monde est bien d’accord, tout ce beau monde lutte contre la pauvreté, et c’est nécessaire… bien sûr !

Mais s’agit-il de lutter contre la pauvreté ? Il y a des pauvres, non pas parce qu’ils le sont, mais bien parce qu’il y a des riches…

Si ces associations se battaient contre les riches, et obtenaient leur disparition au lieu de leur demander l’aumône… Qu’est-ce que ça changerait ?

L’ensemble de ces associations, ne font qu’accompagner la pauvreté, qui pour sa part semble assez satisfaite de pouvoir perdurer tranquillement de la sorte, pendant que les riches se goinfrent…

Dans les épiceries solidaires on écoule certaines marchandises que les autres, moins pauvres, ne peuvent plus consommer. Certains produits ont des dates de péremptions de plus d’un an.

A nouveau ces structures sont nécessaires, là n’est pas la question, mais est-ce suffisant ?

On nous demande de penser aux pauvres, les assos comme ATD Quart Monde , font dans la valorisation des pauvres en nous rappelant qu’ils sont beaux, intelligents… sympa, non ?

Il y aussi ces magnifiques structures d’insertion qui, en général, mettent en place des dispositifs autour du recyclage des déchets. Ce qui semble logique : quand la société te considère comme un déchet elle te propose généreusement de trier les siens, et t’envoie en prime la télé pour que tu témoignes, dans la mesure où tu as la gueule qui va bien, que « Oui, ça m’a changé la vie, le fait d’avoir un emploi, ça fait un bien fou »

Dans tout ça qu’en est-il de l’injustice qui permet aux riches pomper impunément la vie des pauvres. A quel moment, dans le parcours de ces structures est évoqué ce problème de l’injustice ? A quel moment on dit aux publics concernés un truc du genre, « Vous êtes victimes d’injustices, on se propose de lutter ensemble pour rétablir un ordre des choses égalitaire, juste »

On pourrait imaginer par exemple qu’à chaque fois qu’il y a vente d’un produit quelconque on ajoute à côté du prix, un chiffre qui correspond à la durée de temps de travail de Bernard Arnaud pour acquérir celui-ci…

Il faudrait que chacune de ces institutions rappelle en permanence que dans un état juste, elles seraient appelées à disparaitre…

Ne plus entendre « Oui mais quand même, c’est nécessaire… » quand « nécessaire » ne sera jamais suffisant, ou alors, il faudra dire aux pauvres « Comme c’est nécessaire, ça sera suffisant. »

Bref, repenser le fait que ce n’est pas la pauvreté qu’il faut abolir, mais la richesse ! Facile à dire ? Exact !

2 thoughts on “Nécéssaire, mais pas sufisant, [même, parfois, carrément répugnant…]

  1. Ah! le bonheur d’être pauvre et de travailler même pour ça ! L’hypocrisie et le cynisme des capitalistes n’a pas de bornes !! Bien sûr bravo pour ton texte et si tu veux enfoncer le clou avec une petite enquête sur le fonctionnement de ces « riches » assos de pauvres, comme la Croix Rouge par ex. cela pourrait faire une série d’articles pour ‘L’Allumette ; on s’aperççoit que les seules « valables » seraient des structures autogérées par les personnes qui elles-mêmes en ont besoin mais là c’est un autre monde …..!
    PS : il y a une faute dans le titre SuFFisant, il y manque un F…!

  2. Merci beaucoup pour ce développement, cette affiche m’avait mis très mal à l’aise…
    Dans mon dernier film « PENSE A MOI », réalisé avec des exilé.es dans une communauté Emmaüs, nous avons bien pris soin, avec le monteur, de mettre en avant dans les premières scènes cette incroyable réalité de ces personnes qui vivent dans nos détritus. Le film passe en ce moment en avant-premières dans la région (il sort à partir de mars au niveau national) et nous sommes très étonné.es des différentes réactions : certain.es se disent mal à l’aise, révolté.es devant ces images de personnes qui disparaissent dans les tas de déchets (nos déchets !), linge, livres, bibelots, ferraille, et d’autres, au contraire, encensent Emmaüs, quelqu’un nous a même parlé de lieu « idyllique » ! Les premièr.es sont les spectatrices et spectateurs idéaux dans le sens où elles et ils ont tout compris à notre mise en scène et à notre volonté de dénoncer un état de fait capitaliste, de surconsommation et d’exploitation des plus faibles, et les seconds sont celles et ceux qui ne verront de toutes façons jamais au-delà de leur conception paternaliste où tout est sa place et bien rangé, comme tu dis dans ton développement : les pauvres au rebus et les riches qui profitent.
    Que notre film ne remue pas celles et ceux qui ne veulent pas être remué.es nous fait parfois de la peine. Mais nous nous consolons en essayant de nous convaincre que si ces personnes viennent au cinéma pour voir un documentaire tel que le nôtre, c’est qu’elles sont déjà, un peu, sur le chemin…

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