Ingrid, la boucle et le collectif…

J’ai assisté à Cazères à un concert d’Ingrid Obled, Nyckelharpa, Contrebasse et boucles ( on dit Loop)
Le principe de la boucle est simple, tu rentres dans une machine, une phrase musicale pas très longue, et tu la fais tourner en boucle.. c’est la machine qui assure.. Tu peux lui demander aussi d’en jouer plusieurs en même temps, et de traficoter chacune en cours de route… Tu fais tout ça devant le public, qui assiste au montage d’une cathédrale sonore… qui , au bout du morceau, souvent se démonte… pour laisser place au silence…
Une des ses vidéos, juste pour donner une toute petite idée, et c’est toujours mieux en vrai:

Tu es seule sur scène , mais tu es à la tête d’un orchestre virtuel.
J’ai beaucoup aimé et  été touché de ce qui s’en dégageait, mais là n’est pas mon  sujet…
Dans le cas d’Ingrid, elle utilise un instrument que j’avais déjà entendu, sans jamais y faire attention, le Nyckelharpa…. C’est de la famille des vielles, mais pas à roue,  à archet…ça viendrait de Suède…
Donc j’ai été chercher sur le net.. et entre-autres je suis tombé sur cette vidéo d’un groupe en Suède.

Et j’ai trouvé qu’il y avait comme une similitude…
D’un côté une femme seule (Ingrid, mais il y en a plein d’autres qui utilisent ces boucles) grâce, à son talent bien sûr mais grâce aux machines devient plusieurs instrumentistes,  et de l’autre, une femme seule qui avec 3 autres crée un collectif, pour au bout du bout, faire ce que fait la machine… il y a des boucles, qui tournent… ça monte, puis ça redescends pour se taire…
D’un côté une solitude assistée par la technologie, de l’autre un collectif, des regards, des complicités…
Ce qui est sûr c’est que l’artiste solitaire coutera bien moins cher qu’un groupe ici de 4 musiciennes.
Chacun-e  aussi se débrouille comme il/elle peut pour vivre de son art…
J’aime les deux, mais j’ai juste peur que les machines prennent le pouvoir et nous chasse du collectif…


J’aime bien quand je cite des gens d’aller chercher leurs réaction. C’est donc ce que j’ai fait avec Ingrid, et voici sa réponse:


J’apporte un petit bémol à ton article. Nyckelharpa s’écrit avec un -y et pas un -i, ce qui fait un peu plus voyager 🙂 (c’est fait :))
Sur « une phrase musicale pas très longue » et bien, des fois, l’air de rien, elles sont longues mes boucles et quelques fois je laisse ouvert l’enregistrement de ce que je joue pendant plusieurs minutes…
 
Ensuite, la comparaison avec l’orchestre de nyckelharpa est pour moi vraie, en un certain sens.
Mais je ne me reconnais ni dans la manière de jouer, ni dans le style.
 
« D’un côté une solitude assistée par la technologie » sur ce point, je ne dirai pas cela comme ça.
J’ai choisi de travailler avec des loopers mais ce n’est pas de la solitude, c’est pour moi créer des doubles de soi, ce qui est complètement différent de jouer avec d’autres ou jouer seule. Ce n’est pas comme certains disent une volonté d’augmenter l’humain, ce que certains prônent avec la technologie. Pour moi, nous sommes à la préhistoire de l’humanité et l’humain est infiniment plus grand que ce qu’il croit. Je parle de se démultiplier avec cet outil plutôt dans un sens spirituel. Je ne sais pas si je suis claire.
 
Ensuite, l’outil influence toujours la composition, la création, même inconsciemment. Et inversement.
De la même manière que je crée des choses différentes avec plusieurs Ingrid (avec le looper), je crée aussi des choses différentes du fait de ces outils. Et cela est pour moi très intéressant.
 
De plus, contrairement à l’utilisation classique du looper où on entend clairement des carrures, souvent sur 4 temps sur des cycles de 12 ou 16 mesures, je ne crée pas cela d’un point de vue purement musical (sans looper) et l’utilisation de ce looper me permet, toujours selon mon point de vue, de « brouiller » les pistes et de faire perdre la notion du temps et de l’espace.
Et encore sur ce point, ce que je fais est très différent de cet orchestre de nyckelharpa qui sonne plus « classique ».
 
Voilà ce que je préciserai à la lecture de ton article, mais tu en fais ce que tu veux.
 
Bonne soirée
… J’ajouterai en plus, que pour moi, un concert, c’est une communion avec le public, des énergies qui entrent en résonance, on part tous en voyage…
La solitude est donc très relative…
Ton article ouvre à réflexion…
Bonne soirée,
Ingrid


Si mon article ouvre à la réflexion, que demander de plus… Merci Ingrid !
Ceci dit, l’album en version numérique d’Ingrid est , et si vous voulez une version physique il faut lui demander directement ici
 
 

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